Le terroir

Notre maison se situe dans ce qui était autrefois un hameau nommé Pichon. Sommet correspond à l’étymologie du mot ; en effet nous sommes sur le haut d’une butte, en aplomb direct de la zone du confluent. Le Lot et Baïse rejoignent Garonne dans cette vaste zone alluviale au pied du coteau.

 

A l’ouest débute le grand massif forestier des landes. Le hameau cap du bosc (tête du bois) est à une lieue à peine. La zone de sable éolien est toute proche. Il y avait autrefois une sablière dans nos bois. Les crépis des bâtiments étaient fait de ce sable à la teinte fauve. On sait que la pin maritime qui constitue la principale essence de ce massif forestier landais fût installé par l’ingénieur des ponts et chaussées Nicolas Brémontier à la fin du 18°. Mais la lisière de cette forêt ne ressemblait en rien aux marécages du plateau central. Le relief accentué, les affleurement argileux avaient permis l’installation d’une forêt mixte dite des landes de Gascogne. Des chênes (dont le chêne liège), des châtaigniers ou encore des acacias accompagnaient le pin maritime. Le chêne liège en particulier était à l’origine d’une industrie particulièrement prospère (la première richesse industrielle du Lot et Garonne) jusqu’au gel dévastateur de l’hiver 1830. Les coteaux de Saint Léon font ainsi le lien entre la haute terrasse de Garonne et la forêt des Landes de Gascogne. Cette situation est communes à quatre villages : Saint Pierre de Buzet, Buzet et Damazan. Ils constituent le cœur historique du vignoble de Buzet.

 

La vaste vallée de Garonne et l’immense massif forestier constituent une des clés du climat de notre terroir.

 

Un exemple de la manifestation de cette spécificité : Après la fleur, nous prenons habitude de partir travailler la vigne dés que la luminosité le permet. Les premiers rayons de soleil réchauffent la plaine et entraînent un mouvement d’air, de la forêt vers le fleuve. Travaillant dans la douceur du matin, vous sentez soudainement l’arrivée de cet brise à l’instant où le soleil ne vous réchauffe point encore. Nous imaginons que ceci est propice à l’expression de la qualité des raisins, en particulier lors de la maturation où l’alternance fraîcheur, chaleur, est réputée amplifier la genèse des arômes.

 

Les grands traits climatiques de la région naissent dans l’atlantique mais l’influence méditerranéenne s’accentue depuis le début du siècle avec un régime de vent d’autan de plus en plus soutenu.

 

Le cœur de notre terroir se situe sur la parcelle du cagnard. L’étymologie ne laisse aucun doute sur la capacité de la zone à emmagasiner la chaleur de l’été. Culminant à 115 mètres la parcelle descend jusqu’au ruisseau qui rejoint la Goubèje au pied du village de Saint Léon. La roche mère calcaire affleure à mi pente, en dessous d’une zone de grosse grave et au dessus de la zone plus argileuse. Le sommet est constitué d’une grave fine sur alios (nommé grep localement). Notre principe de travail permet de s’adapter à toutes ces zones et d’essayer d’en tirer le meilleur parti. Depuis quatre siècles nos aïeux vignerons ont profité de façon différente de ce terroir. Souvent en y associant les boulbènes du versant est, plus faciles à travailler. Le terroir était fait d’un morcelage de petites parcelles entourées de haies et semées de trou d’eau qui servaient à abreuver le bétail. Ces « clots » correspondaient à un affleurement de la nappe souterraine sur une épaisse couche d’argile. Le remembrement de la fin des années 70 a mené son cortège de travaux d’arasement des talus, de destruction des haies et de comblement des mares. On en retrouve les vestiges avec des gouttiers, zones hydromorphes incompatibles avec la plantation de vigne.

 

Nos aïeux donc élaboraient d’autres vins, adaptés au commerce du moment, parfois avec des fortunes diverses. La période la plus prospère se situe au milieu du 19° siècle, époque à laquelle furent construit les édifices actuels ; maison d’habitation, chai et dépendances. Le vin blanc doux était vendu dans les cafés des villages voisins et le vin rouge était expédié en barrique par le port de Pascau (village de Saint Léger aujourd’hui) jusqu’à Bordeaux où il embarquait la plupart du temps pour l’Angleterre. Cette période verra l’introduction du cépage cabernet sauvignon. Un érafloir sera fabriqué par le tonnelier de Damazan pour vinifier ce cépage dans les meilleurs conditions. Malbec, mérille, bouchalés, herre étaient certainement les autres cépages. Le phylloxéra ouvrira une longue période de récession où les cépages hybrides seront associés aux plants français.

 

La nouvelle dynamique créée par la cave coopérative de Buzet amènera dans les années 60 à introduire le cépage merlot qui trouve son bonheur sur les boulbènes sèches de la région.

 

Cabernet sauvignon et merlot constituent donc le cœur de l’encépagement, avec le malbec et avant de reconstituer un vignoble historique avec fer servadou (herre), mérille et petit verdot.

 

En agriculture biologique depuis le retour à l’indépendance, le vignoble est majoritairement travaillé manuellement, en particulier au moment des vendanges pour cueillir selon des zonages largement inférieurs à la taille de la parcelle. Les outils de vinification sont adaptés à ces petits lots.

 

Sur un terroir consacré depuis plus de quatre siècles le souhait est de trouver la meilleure expression de ce terroir, dans la lignée des vins de grande garde élaborés avant 1870. La lecture des menus anciens est édifiante puisque les rouges de Pichon avaient souvent trente ans lorsqu’ils étaient associés au repas des grandes fêtes.

 

Dans ces menus la part belle était faite à la truffe. Aujourd’hui notre truffière côtoie le vignoble et devrait nous fournir dans quelques années une belle association de terroir.

Chambres d'hôtes de Pichon - Jacques RÉJALOT - 47160 SAINT-LÉON - 05 53 83 04 95 - 06 89 25 06 49 - jacques.rejalot@orange.fr